Les bilans biologiques préventifs qui interrogent le terrain du patient, via des analyses de sang, d’urines, de salive ou de selles, permettent de détecter les déséquilibres de l’organisme pouvant être à terme à l’origine de pathologies. Ils permettent de corriger, avant l’arrivée de la maladie, les paramètres qui s’expriment trop ou pas assez dans le corps du patient.

Le médecin allopathe, classique, prescrit des analyses en fonction d’un état pathologique. Ces analyses ont pour but de photographier des paramètres qui informent sur l’état précis du patient au moment où il souffre. Ces analyses sont destinées à améliorer la prise en charge de la maladie déclarée. Cette médecine fonctionne principalement par organe. Elle se focalise sur les attaques subies par le corps (bactéries, virus, etc…) sans trop se préoccuper de l’attaqué (le patient) et de son terrain, ni de ses possibilités de défense qui au moment de la maladie sont déjà clairement dépassées. 

Par exemple « quand j’urine, ça me brûle, le médecin me prescrit une analyse d’urines qui pourra confirmer une cystite, par exemple. Mes globules blancs n’ont pas été compétents pour éradiquer la bactérie, j’ai besoin d’un antibiotique. »

La biologie préventive, de son côté, considère l’individu dans sa globalité. Elle s’intéresse au terrain du patient, à ses possibilités défensives, à ses défenses immédiates (ex : globules blancs) mais aussi aux surcharges et/ou carences de son organisme (ex : acides gras, vitamines, minéraux, protéines, hormones, etc…). 

Le Dr Sylvie Barbier, pharmacien biologiste et directrice du laboratoire Barbier à Metz (France) s’est spécialisée dans les bilans de biologie préventive.  

Elle nous présente les quatre notions  sur laquelle s’appuie cette biologie préventive :

  • La graduation : contrairement à la biologie traditionnelle qui mesure le fer ou la ferritine à un instant T et la compare à des valeurs de référence, qui rendront le résultat normal ou anormal, en biologie préventive, on regarde l’évolution. 

Par exemple, sur une observation des hormones thyroïdiennes, la thyroïde, en biologie classique, sera déclarée hyper, hypo ou normale ; en biologie préventive, on regarde les taux limites, ce qui permet de  redresser la barre avant de déclarer une pathologie avérée.

  • L’équilibre : en biologie préventive, on observe beaucoup plus les rapports : par exemple, les acides gras : si on a beaucoup d’acides gras saturés et beaucoup d’acides gras insaturés, le rapport sera bon. 
  • L’individualité biologique ou chacun selon ses gênes : on tient compte de la génétique et des antécédents du patient. 
  • L’influence du milieu extérieur : on prend en compte l’environnement du patient : est-il sédentaire ou sportif, vit-il au soleil ou pas ? 

Les chiffres ne sont plus juste des chiffres mais ils sont analysés en fonction du patient et de son mode de vie.

Le bilan digestif et le bilan du stress oxydatif

Parmi les nombreux bilans possibles pour évaluer les ressources d’un terrain, deux sont essentiels : le bilan digestif et le bilan du stress oxydatif. 

Si le système digestif fonctionne mal, l’absorption des nutriments et micronutriments diminuera, c’est pourquoi il est impossible de faire l’impasse de ce bilan. 

Le bilan du stress oxydatif est lui aussi incontournable. C’est, pour ainsi dire, la mesure de notre « rouille intérieure » : depuis la naissance, chaque individu subit en permanence les attaques des radicaux libres, substances qui nous habitent mais dont nous avons besoin pour nous débarrasser des déchets du métabolisme courant. Il faut savoir que leur production est accrue en cas de maladies mais aussi en fonction l’intensité des activités de la vie de tous les jours : un sportif de haut niveau produit 500 fois plus de radicaux libres (RL) pendant une compétition que hors compétition. En somme, si les déchets sont multipliés par un métabolisme sur-sollicité, il faudra multiplier d’autant les serviettes pour éponger.  Par ailleurs, nous ne sommes pas égaux dans nos capacités à nous défendre et chacun aura besoin de systèmes tampons différents. Au fur et à mesure de l’âge, les défenses s’amoindrissent, c’est pourquoi les bilans sont particulièrement intéressants à partir de 40 ans. 

En faisant des bilans à différents moments de la vie, on peut mieux identifier les risques de maladies et agir en amont. Ces bilans sont également un outil pour le soignant si son souci premier est d’aider son patient à rééquilibrer  son terrain individuel. Le Dr Sylvie Barbier nous présente certains bilans avec leurs indications : 

  • Dans le cas des maladies cardiovasculaires  ou du syndrome métabolique (obésité, diabète, tension artérielle), il sera utile de procéder à un bilan du stress oxydatif, un bilan des acides gras et un bilan cardiovasculaire qui vont permettre de voir si les défenses de l’organisme sont dépassées. 

On pourra observer l’état des LDL oxydés, une fraction du cholestérol oxydé, qui est un facteur favorisant des plaques d’athérome, elles-mêmes responsables de la tension artérielle et des accidents cardiaques.  Ce qu’on peut faire afin de protéger ses artères et son cœur si ce paramètre est mauvais ? Diminuer cette fraction du cholestérol oxydé producteur d’inflammation en combattant cette oxydation grâce à une alimentation optimisée et certaines biothérapies, comme l’acide alpha-lipoïque par exemple. 

  • Dans le cas des maladies chroniques (ex : syndrome du côlon irritable), les bilans recommandés sont la mesure des métabolites organiques urinaires (MOU), le fécalogramme c’est-à-dire le test des intolérances alimentaires. Ces examens vont donner des informations sur l’état de la paroi intestinale qui porte une bonne partie de notre immunité, la qualité et l’équilibre de la flore intestinale  et l’existence ou non d’une inflammation à bas bruit, terrain des maladies auto-immunes. 

Ce qu’on peut faire en cas de souci : travailler à diminuer l’inflammation avec éviction des aliments responsables, veiller à restaurer l’équilibre de la flore grâce à une micronutrition adaptée, à des probiotiques et à l’aide de l’aromathérapie, ainsi qu’optimiser l’alimentation quotidienne pour que tous les étages de la digestion se fassent le mieux possible. 

  • Dans le cas des maladies auto immunes comme la spondylarthrite ankylosante ou la maladie de Hashimoto par exemple, on trouvera surtout les intolérances alimentaires. Ce qu’on peut faire : en modifiant l’alimentation selon le test, on améliore l’immunité dans son ensemble.
  • Dans le cas des maladies dégénératives, on préconisera un bilan des neurotransmetteurs (dopamine, noradrénaline et leur précurseur, la tyrosine, sérotonine et son précurseur, le tryptophane) et un bilan des acides gras, ainsi que leurs cofacteurs (vitamines B – B1 B6 B9 B12).
  • Dans les maladies cancéreuses, un bilan du stress oxydatif sera bien utile : on sait que les défenses et effets délétères du stress oxydatif sont dépassés dans les cancers. Ce bilan permettra d’évaluer l’état de ce stress et de prévoir un accompagnement pour une meilleure tolérance des traitements allopathiques, en diminuer les effets secondaires et en optimiser les effets thérapeutiques. 

Les bilans recommandés pour un bon système digestif

Un bon système digestif est capital pour assurer toutes les autres fonctions. En cas de symptômes périphériques, les bilans suivants sont recommandés :

  • Le test des intolérances alimentaires en cas de résistance à l’amaigrissement ou de constatation de colopathies
  • Les métabolites organiques urinaires  (MOU) : cet examen permet de doser les produits de dégradations de la flore bactérienne et mycosique de l’intestin dans les urines. Cet examen est indiqué en cas de gaz odorants et non odorants , ballonnements , envie de dormir après les repas, digestion lourde, troubles du transit (trop rapide ou ralenti),  constipation, mycoses aux pieds ou de mycoses vaginales. 
  • Le fécalogramme : c’est une analyse de selles qui consiste en l’exploration du métabolisme de la digestion depuis de la mastication jusqu’à l’excrétion, en passant par les fonctions  gastrique, biliaire, pancréatique. On observera la digestion des protéines et des graisses et la production des enzymes digestives  (lipase, amylase, etc…), la fonction d’assimilation de l’intestin grêle ou celle d’évacuation du côlon. 

Les indications de cette analyse : tous les problèmes digestifs : malabsorption, colite, gaz, ballonnements, digestion ralentie, lourdeurs digestives …

  • Le bilan de détoxification : il permettra de rechercher toutes formes d’intoxication : par exemple, le mercure (en provenance des  amalgames dentaires ou de leur dépose), l’aluminium (en provenance des vaccins, des ustensiles de cuisson, etc…),  l’arsenic, le plomb (provenant des canalisations des habitats anciens). Souvent ces intoxications  produisent de grandes fatigues, des fibromyalgies, des souffrances cognitives  car elles sont neurotoxiques, et des maladies dégénératives.

La fonction biologique chez la femme

Une des fonctions biologiques majeures de la femme est la reproduction. Tout son organisme va tendre à se mettre au service de la transmission de la vie. C’est pourquoi, il importe d’avoir un système hormonal équilibré, avec des règles plus ou moins régulières et non douloureuses, et une contraception, le cas échéant, respectant la physiologie. Les hormones synthétiques très abondantes aujourd’hui (environnement, alimentation, médicaments, etc…) bouleversent au-delà de ce qu’on pouvait imaginer les corps des femmes et des hommes. Là aussi, nous sommes inégaux : nos capacités de détoxication ne sont pas les mêmes, autant le savoir. Voici les bilans intéressants pour prévoir nombre de pathologies hormono-dépendantes. 

Le Dr Barbier affirme à ce sujet que : « la mesure des hormones salivaires permet de détecter les déséquilibres hormonaux, l’hyperoestrogénie, par exemple, qui est à l’origine de fibromes ou de l’endométriose. Le dosage dans la salive est mieux indiquée dans ce cas car dans le sang, on ne peut pas mesurer la fraction active libre, ce qui est possible avec la salive : en d’autres mots, cela signifie que si la pathologie est franchement déclarée elle sera visible grâce à un examen sanguin classique,  alors que l’analyse de la salive permet une observation est beaucoup plus fine. On pourra mesurer précisément les œstrogènes, responsables des fibromes, la testostérone qui peut être à l’origine d’une baisse de libido, la DHEA ou le cortisol, indicateurs de stress. Sur tous les déséquilibres, on peut ensuite agir de manière naturelle et progressive.

Le rapport urinaire 2OH/16OH mesure la capacité de détoxication des œstrogènes par l’organisme. Il permet, en fonction du résultat, de déterminer s’il sera dangereux  ou moins dangereux de se complémenter en hormones de synthèses (pilule, THS, etc…). Cette analyse permet de mesurer la capacité de détoxification des œstrogènes par l’organisme de la patiente, sachant que les œstrogènes dans le corps sont dégradés en métabolites, certains nocifs et d’autres moins nocifs.  Si une personne les détoxifie avec difficulté, elle sera bien avisée de s’abstenir de consommer ces substances. Elle aurait un risque bien plus élevé de développer un fibrome, des ovaires polykystiques, une endométriose, un cancer hormono-dépendant. »

Si le test est en faveur d’une mauvaise détoxification des œstrogènes, on préconisera également une alimentation biologique, surtout en ce qui concerne la consommation des produits et sous-produits animaux comme la viande, la volaille, les œufs, les produits laitiers, pour éviter de rajouter des hormones alimentaires. Il sera également recommandé de se méfier des perturbateurs endocriniens environnementaux.

Un des risques de la femme à la ménopause est l’ostéoporose. Le test appelé « Cross laps » rend possible la mesure du marqueur de résorption osseuse dans le sang. Cette mesure donne ainsi une indication de ce risque : les os, avec l’âge, ont tendance à se détruire, et ce faisant, ils libèrent des fragments de collagène, sorte de colle de l’os que l’on peut doser.  Cette information peut également conditionner la prise d’hormones en cas de baisse trop prononcée des hormones.  Puisque la masse osseuse se constitue seulement  jusqu’à 20 ans, on verra ainsi si la vitesse de dégradation de l’os est importante. Si une ostéoporose est affirmée et que cependant ce dosage est normal, cela indiquera que la dégradation a pu se stabiliser. Si le dosage indique que la dégradation est en augmentation, on peut agir avec détermination et motivation grâce à une nutrition approprié, moins acidifiante, avec un suivi du taux de vitamine D, avec un soutien phytothérapeutique et des eaux riches en bicarbonates. » 

Le stress oxydatif commence dès la naissance…

Notre corps commence à vieillir parce qu’il vit et ainsi, produit des déchets qui nous encombrent, surtout si on a du mal à les transformer et si, ensuite, on peine à les évacuer. 

Les personnes qui pratiquent des sports intensifs pendant des années semblent souvent bien plus âgés à partir de 40 ans que d’autres personnes, à cause du stress oxydatif.  Les maladies accélèrent également le vieillissement, principalement à partir de 20 ans, mais il faut savoir que toute pathologie, même contractée dans l’enfance, produit un stress oxydatif qui concourt au vieillissement. Les conditions environnementales sont également  génératrices d’un stress oxydatif, indépendamment  de l’âge : pilule, médicaments, rayons UV, maladies, tabac, stress de vie. 

Le Dr Barbier détaille le bilan qui permet de faire le point :

« Les marqueurs de stress oxydatif évalués par le bilan indiquent l’état de nos défenses : les enzymes antiradicalaires comme la superoxyde dismutase (SOD) qui est cuivre, zinc et manganèse dépendante, comme la glutation peroxydase (GPX) qui est dépendante au sélénium  et les vitamines antioxydantes A, E et C. 

Ce bilan présente une mesure de l’effet délétère des attaques-défenses de l’organisme et permet de voir si les défenses ont été dépassées ou sont épuisées. Il indique par exemple : 

  • L’attaque sur les lipides (dosage des LDL oxydés et homocystéine) qui montrent un risque cardiovasculaire beaucoup plus important que la simple mesure du taux de cholestérol
  • L’attaque sur les protéines (dosage enzymatique) dont les déficits vont prédisposer à une maldigestion, une mauvaise détoxification et une mauvaise utilisation des précurseurs des neurotransmetteurs, substances spécialisées dans la gestion de nos humeurs : motivation, action, frein de l’action et retour au calme.
  • L’attaque des radicaux libres (RL) sur l’ADN de nos cellules (dosage de 80HDG dans les urines)  permet de connaître le risque de développer  des phénomènes de cancérisation ou autres pathologies lésionnelles. Ce bilan est particulièrement indiqué  dans les maladies dégénératives, comme Alzheimer, les pathologies oculaires, comme la DMLA, les pathologies auto-immunes comme la polyarthrite ou le lupus, les pathologies cardiovasculaires, les pathologies articulaires, le psoriasis et l’eczéma. »

Les acides gras, ou comment optimiser toute communication dans le corps

Les acides gras assurent la fluidité membranaire et en particulier la communication dans  le cerveau. Sans eux, les nutriments circulent mal, se stockent mal et les transformations sont ralenties. Ce sont les acides gras présents dans la membrane cellulaire qui permettent aux nutriments  de rentrer dans la cellule. Sinon, ils restent dehors, le support de transmission étant déficitaire. Le Dr Barbier fait le point sur ces acides gras en rappelant que « le plus important est la garantie d’un bon rapport oméga-6/oméga-3. »

Les neurotransmetteurs, les témoins de nos humeurs

Fatigue, insomnie, états dépressifs, anxiété, impatience, enfants hyperactifs, burn-out, troubles cognitifs, mémoire, difficulté à se concentrer, nos neurotransmetteurs sont déficients et les raisons peuvent être nombreuses. Le dosage de leurs métabolites permet de mieux comprendre certains troubles. 

Le Dr Barbier affirme : « en bref, il y a trois voies : notre capacité à nous réveiller matin, notre capacité d’activité journalière, notre potentiel de repos. La première voie est la voie dite dopaminergique : c’est la motivation à démarrer sa journée. Son neurotransmetteur est la dopamine qui est dépendante d’un bon statut en acides gras, en vitamines B et en magnésium. La noradrénaline est notre agent motivateur de la journée, elle nous permet d’être actif  et concentré.  La sérotonine constitue le frein de l’action, c’est le neurotransmetteur  de la tranquillité, il est souvent déficitaire dans les cas d’addictions ou d’insomnies. » Selon les résultats, il s’agira de complémenter en nutrition et en micronutrition, en consommant plus de précurseurs des dits neurotransmetteurs, la tyrosine en cas de déficit domapinergique ou noradrénergique, le tryptophane pour la voie serotoninergique, en n’oubliant pas les cofacteurs, le cas échéant : acides gras, vitamine B, magnésium. A condition bien sûr, d’avoir un bon fonctionnement intestinal sans lequel ces substances ne sauraient arriver en bon état et à bon port.

Article rédigé par Raïssa Blankoff

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