Le Dr Bruno Donatini s’intéresse depuis des années à la place de la pullulation microbienne intestinale dans les maladies chroniques, auto-immunes et dégénératives. Spécialisé en gastro-entérologie et hépatologie, en cancérologie, en médecine morphologique et anti-âge, détenteur d’un doctorat ès Sciences en anatomie, ostéopathe, il se penche sur la physiologie et le métabolisme pour expliquer comment un déséquilibre de la flore produit, sous forme de cercle vicieux, nombre de pathologies.

La prolifération bactérienne intestinale : comment la diagnostiquer ?

« Le défaut d’absorption des nutriments dans l’intestin favorise d’une part les carences et d’autre part un résidu important de sucres qui parviennent au côlon, fosse septique de l’organisme. Leur fermentation provoque, entre autres, des gaz. Cette pullulation microbienne s’accompagne d’une perméabilité intestinale et du passage de fragments de bactéries, source d’inflammation permanente et d’immunodépression. Cette altération de la muqueuse de l’intestin grêle favorise les cancers, les allergies, les maladies auto-immunes, l’oxydation, et par voie de conséquence, la fatigue, le vieillissement cérébral et les douleurs. La pullulation microbienne favorise la production de polyamines qui sont des facteurs de croissance tumoraux et de survenue de polypes. La paroi intestinale présentant de plus en plus de difficultés à absorber les sucres, ceux-ci livrés à eux-mêmes dans la lumière intestinale, nourrissent les bactéries et encouragent leur multiplication. Les sucres simples génèrent, par voie basse, des ballonnements et des gaz dépourvus d’odeur (hydrogène) ; les sucres complexes et les fibres solubles produisent des gaz malodorants (méthane) ; la  putréfaction,  beaucoup plus rare, issues de la dégradation des protéines, dégage une odeur d’œuf pourri (hydrogène sulfureux). Il est possible de diagnostiquer une pullulation microbienne par des tests respiratoires.

Le diagnostic par un test respiratoire

Le test respiratoire détecte des gaz – hydrogène, méthane ou méthylacétate –  dans l’air expiré, avant et après l’ingestion de certains sucres spécifiques. La présence de ces gaz signe une prolifération bactérienne dans l’intestin grêle ou dans le côlon.  Cette prolifération peut s’expliquer par un déficit d’absorption par le grêle du sucre ingéré. 30 à 54% de la population générale présente un test positif, 74 à 84% chez les patients souffrant du syndrome du côlon irritable, 91% chez les enfants souffrant de douleurs abdominales, 92% chez les personnes souffrant d’insuffisance pancréatique. C’est pourquoi, il est capital de mesurer les gaz produits dans la partie haute du tube digestif. La prolifération qui y est détectée affectera par rebond métabolique le foie et l’immunité.

Les causes de prolifération bactérienne intestinale et son symptôme associé : l’hyperperméabilité

Les facteurs favorisants de la prolifération bactérienne intestinale sont les suivants : la prise répétée d’anti-acides et d’antibiotiques, une consommation excessive de sucres, le diabète, la maladie de Parkinson, l’infection à Helicobacter pylori, certaines parasitoses, la prise de prébiotiques, l’insuffisance pancréatique, l’intolérance au gluten, au fructose, au lactose, la radiothérapie, la maladie de Crohn, le syndrome de l’anse borgne, le syndrome du côlon irritable se déclarant souvent après une gastroentérite infectieuse. Une mauvaise mastication ou une vitesse de transit ralentie par un trouble de la thyroïde  ou par le stress favorisent cette fermentation. Une altération du taux de vitamine D3, par blocage de son absorption  ou par altération de son activation métabolique hépatique, est un marqueur de l’inflammation digestive chronique et indirectement un marqueur du risque de maladies auto-immunes. 

L’hyperperméabilité intestinale 

L’intestin grêle absorbe l’eau et les nutriments, le côlon n’absorbe que de l’eau et expulse les déchets (bactéries, levures, résidus alimentaires). Ces muqueuses sont protégées par le mucus et une immunité spécifique. Le foie sert de second rempart. Ses enzymes s’attaquent aux substances toxiques venant de l’intestin. Toute atteinte aux fonctions de barrière intestinale ou de détoxification hépatique augmente la production d’indésirables. Une perméabilité intestinale défaillante favorise les maladies infectieuses et inflammatoires de l’intestin, les rhumatismes inflammatoires chroniques, l’acné ou le psoriasis, la photosensibilité, l’eczéma, l’urticaire, le syndrome de l’intestin irritable, le syndrome de fatigue chronique, les hépatites et pancréatites chroniques, les cancers. Les causes de l’hyperperméabilité intestinale sont les agents infectieux, l’alcool, les anti-inflammatoires, certains traitements comme les chimiothérapies. Le lien entre pullulation microbienne et perméabilité intestinale est aujourd’hui bien établi. Le foie des personnes présentant une hyperperméabilité intestinale travaille en surrégime pour éliminer les indésirables

Quand faut-il s’alarmer ?

  • Pathologie gingivale chronique : la muqueuse buccale est le reflet de la muqueuse de l’estomac-duodénum. Il faudra chercher une altération de la flore digestive par prolifération bactérienne ou infection virale qui attaque les muqueuses. 
  • Mauvaise haleine par atteinte de la flore buccale, mais aussi un signe de malabsorption
  • Troubles gastriques (reflux et acidité gastrique, ulcère, œsophagite) : ils sont générés par une mauvaise vidange de l’estomac avec nausées ou manque d’appétit le matin, réveil nocturne. Cette stase gastrique va générer une constipation terminale : il existe, en effet, un lien réflexe entre la vidange de l’estomac et celle du rectum. Le test respiratoire indiquera une surproduction de gaz (méthylacétate). L’échographie montrera une distension de l’estomac qui, ralenti dans sa vidange et rempli de gaz, perd de sa tonicité par baisse de l’onde de propagation gastrique. La stase du bol gastrique va générer un reflux du duodénum vers l’estomac, avec destruction des précieux sels biliaires par l’acidité gastrique 
  • Troubles du transit inhabituel : ballonnements, diarrhée, constipation (selles dures et émises moins d’une fois par jour) 
  • Perte de poids : une masse grasse inférieure à 20%  est associée à une fermentation et suggère une insuffisance d’enzymes pancréatiques ; elle génère une malabsorption des sucres induisant une pullulation microbienne avec pour conséquence une atteinte de la muqueuse du grêle. En effet, les sucres non dégradés par les enzymes resteront à disposition pour le repas bactérien. 
  • Prise de poids : les bactéries vont transformer les sucres non absorbés en alcool et en acides gras à courtes chaines (acides acétique, propionique ou butyrique). L’acide acétique va être stocké dans la cellulite ou le foie. L’acide propionique  élira domicile dans le foie. L’acide butyrique gagne les cellules de surface du colon. L’acide acétique et propionique sont responsables de la graisse viscérale et donc du syndrome métabolique : hypertension, cholestérol, diabète, atteintes cardio-vasculaires.

Comment la dysbiose va favoriser la dysimmunité, le syndrome dépressif ou les difficultés de la conception.

La paroi intestinale régule l’immunité grâce à la présence de lymphocytes T régulateurs spécifiques. Mais elle abrite aussi de nombreux virus ou des bactéries qui détruisent le mucus et pénètrent en profondeur.  L’atteinte de la muqueuse enclenchera une baisse de l’immunité et une malabsorption qui favorisera l’expansion des virus. Ce cercle vicieux infectieux, amplifié par le stress et les carences nutritionnelles, accroit la survenue d’autres infections. Le virus prépare le terrain, la bactérie profite des dégâts. Elle consomme les sucres laissés disponibles  par la malabsorption, produit des graisses et encombre le foie, baisse l’immunité en générant une inflammation  chronique, signal d’alerte de l’organisme qui tente de se défendre,  et …. favorise la réinfestation virale et la dysimmunité. 

Syndrome métabolique, syndrome dépressif, infertilité, la faute à la flore

On assiste petit à petit au développement du syndrome métabolique (hypertension artérielle, diabète, hypercholestérolémie), à l’installation d’une immunodépression chronique, à la survenue de maladies auto immunes : un épithélium agressé en continu stimule en permanence le système immunitaire, qui finit par produire des globules blancs auto-réactifs (TH17) et des complexes immuns, puis des maladies auto immunes. En cas d’immunodépression majeure, on pourra voir apparaître des cancers. Dans tous les cas, le stress oxydatif s’en trouvera augmenté. L’hyperperméabilité intestinale induite par des toxines digestives va progressivement s’étendre à l’ensemble des muqueuses et des barrières d’organe dont la barrière hémato-méningée.  Les bactéries coliques productrices de méthane consomment du tryptophane pour leur division.  Or le tryptophane est l’acide aminé précurseur indispensable à la synthèse de sérotonine, médiateur de l’adaptation et de la bonne humeur.  Une telle flore digestive finira par générer un syndrome dépressif. En cas de perturbation extrême du microbiote, le méthane sera aggloméré à d’autres gaz ou à des acides gras, formant ainsi des composés cycliques, ressemblant aux  hydrocarbures, qui vont favoriser le développement de troubles du comportement par auto-intoxication.  La capacité à concevoir est également affectée par la mauvaise santé intestinale. En rétablissant les fonctions optimales (bonne vidange du tube digestif, foie bien dégagé), les muqueuses digestive et utérine peuvent retrouver une bonne qualité et une bonne fonctionnalité. L’ovulation s’en trouve améliorée. La bonne santé digestive permet de restaurer une bonne immunité sans phénomène inflammatoire, ce qui prévient également les fausses couches.  L’immunodépression est transmise de la mère au fœtus, d’où l’importance d’assainir la flore avant la conception.

La prise en charge

La pullulation microbienne, quand elle s’éternise, va s’installer dans des couches profondes, ce qui explique que, si un traitement de 3 mois est suffisant sur des bactéries de surface, il faudra compter parfois 6 mois, un an voire un an et demi pour qu’une muqueuse abrasée puisse se reconstituer en se débarrassant de la présence d’un biofilm ultra résistant. Une action sur de simples ballonnements prendra quelques jours, sur le transit, deux semaines, sur des infections chroniques, 6 mois. Pour une stéatose hépatique et le rétablissement d’un bon statut cardio-vasculaire, il faudra compter un an. La stase gastroduodénale rend complexe la vidange hépatique. La prise en charge nécessitera :

  • La lutte contre la pullulation microbienne grâce aux huiles essentielles d’origan, de cannelle, de clou de girofle, de menthe poivrée, de thym au linalol. Il sera, le cas échéant, intéressant d’y associer un champignon (Laetiporus sulfureus) pour assurer la diffusion des huiles essentielles jusqu’au côlon. Contre les idées reçues, les prébiotiques ou probiotiques ne seront pas recommandés car ils augmentent  la fermentation.
  • La lutte contre la stase gastrique grâce à l’huile essentielle de gingembre et l’activité physique, 30 minutes trois fois par semaine avec sueur et essoufflement, selon les possibilités personnelles de chacun (vélo, course à pieds, par contre la piscine n’est pas recommandée car la position allongée favorise la stase gastroduodénale)
  • La lutte contre la constipation, qui favorise la pullulation microbienne.
  • La lutte contre la malabsorption des sucres par l’intestin grêle grâce au choix des aliments, à la mastication ou la cuisson, à la fragmentation des repas. 
  • La lutte contre l’inflammation du grêle grâce à certains champignons (la pleurote ou le Phellinus linteus). Il s’agira également de favoriser une meilleure trophicité des cellules de l’intestin grâce à un autre champignon (Hericium erinaceus) et à la spiruline.
  • La lutte contre les virus en stimulant l’immunité grâce à certains champignons (Coriolus versicolor). On se souviendra que la présence d’un virus signe une mauvaise immunité.
  • La lutte contre la stéatose hépatique  par réduction de la consommation de gluten, d’alcool ; par une prise en charge ostéopathique ; par une complémentation en huiles essentielles de Citrus, de gingembre, de tea tree. Le chardon-marie, le Boldo, le Berbéris, le Chrisantellum sont d’excellent cholagogues. Cependant il conviendra de ne pas drainer le foie sur un estomac qui n’a pas retrouvé sa capacité optimale de vidange.
  • La lutte contre l’hyperperméabilité intestinale par la restauration progressive de l’intégrité de la paroi intestinale grâce à un champignon (Shiitake) et à l’huile essentielle de menthe poivrée.
  • Pour améliorer l’ensemble des facteurs : sur un plan alimentaire, il sera conseillé de réduire l’apport calorique, surtout les sucres rapides, il sera conservé un peu de fruits hors repas, des légumes blanchis pour éliminer les sucres solubles (des oligofructosides très mal absorbés et hyperfermentables comme le stachyose, le raffinose ou le rhamnose ), des acides gras polyinsaturés en quantité augmentée pour les oméga3. Les fruits et légumes seront préférés cuits et moulinés pour être plus digestes. Sur le plan micronutritionnel, il faudra maintenir un bon statut vitamine  D (au moins 60 ng/ml), son apport est essentiel en cas de cancer, maladie auto-immune ou douleur ostéo-articulaire. Les autres carences seront corrigées au cas par cas selon la clinique et les dosages biologiques. 

Article rédigé par Raïssa Blankoff

https://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Dossiers/DossierComplexe.aspx?doc=tube-digestif-role-dans-emergence-maladies

  1. Dr Bruno Donatini Diplômé en Gastro-entérologie et hépatologie, Cancérologie, Immunologie et Ostéopathie

Spécialisé dans la dysbiose intestinale et mesure des gaz d’origine digestive avec mise au point de nouvelles techniques pour les tests respiratoires aux sucres. Techniques échographiques et recherches d’infections virales spécifiques à la dysbiose.

Spécialisé en Mycothérapie avec publications, conférences et congrès en France comme à l’étranger.

Installé en médecine libérale depuis 2002

Les champignons comestibles, aliments d’avenir. Pour combattre les principales maladies d’aujourd’hui. Jean-Marie Samori, Préface du Dr Donatini. Editions du Dauphin. Juin 2014.