« On est plus bactérien qu’humain », c’est le constat du Dr Jean-Paul David, endocrinologue, et passionné par les nouvelles découvertes en matière de flore intestinale. Il s’est tout particulièrement intéressé à la relation entre microbiote et syndrome métabolique.

Le tour de taille est le meilleur marqueur de l’état métabolique d’une personne. Le syndrome métabolique ne se définit plus uniquement par un surpoids mais par différents paramètres associés :  un périmètre abdominal excessif, une hypertriglycéridémie, un cholestérol HDL abaissé ou la présence d’un traitement antihypertenseur, une tension artérielle augmentée et/ou une hyperglycémie. Si trois facteurs sont présents, on peut parler de syndrome métabolique. Une personne peut donc présenter un syndrome métabolique sans être obèse, avec pour conséquence de l’inflammation perçue par une augmentation biologique du marqueur CRPultra sensibe, du stress oxydatif  et une anomalie de la barrière intestinale devenue hyperperméable. Les cellules qui stockent le gras ne sont pas inertes, elles participent à l’inflammation.  En plus, on sait aujourd’hui que la flore joue un rôle majeur dans ce syndrome.

Chacun de nous possède 100 000 000 000 germes, ce qui représente 400 fois plus d’information  génétique que ne dispense notre propre génome. Les chercheurs ont constaté une moins grande diversité bactérienne chez le sujet obèse que chez le sujet sain. La flore de l’obèse est plus pauvre. La flore intervient notamment dans le métabolisme des fibres, des  vitamines B et de certains facteurs immunitaires comme les  immunomodulines ; elle active la fabrication du mucus ou glycocalyx, inducteur de tolérance ; elle régule la lipogénèse hépatique et  l’activité des adipocytes. On a découvert récemment une bactérie appelée Akkermensia muciniphila qu’on sait maintenant universellement corrélée au poids, elle est très peu présente chez l’obèse et très présente chez les sujets sains. Une ingestion importante de sucres, de graisses saturées ou d’alcool favorise le développement des bactéries dites gram- , responsables d’une augmentation de l’hyperperméabilité intestinale qui,  par le biais de réactions immunitaires, génère de l’inflammation et augmente les endotoxines. Le Dr Cani, spécialiste de la flore intestinale, la présente comme un organe métabolique à part entière, intervenant dans la synthèse des acides gras,  dans le métabolisme du foie,  et contribuant au stockage et à l’oxydation des graisses. Les autres facteurs susceptibles d’entraîner une hyperperméabilité intestinale sont le jeûne, des traumatismes, des infections comme les gastro-enterites, des chimio et des radiothérapies, le stress émotionnel et l’obésité.

Un nouvel acteur a été découvert, il s’agit du système endocanabionoïde qui, s’il est stiumulé notamment par le stress, déclenche une augmentation de la prise alimentaire en même temps qu’une hyperperméabilité intestinale. Le stress augmente l’hyperperméabilité intestinale, cela a été vu et prouvé ; le stress augmente la présence d’un grand nombre de bactéries dans les ganglions lymphatiques intestinaux, ce qui confirme également la théorie infectieuse de l’obésité ; le stress augmente les réactions enzymatiques et le stress oxydatif, comme son nom l’indique bien. Le stress diminue les acteurs immunitaires de la paroi intestinale, les Iga, immunoglobulines de surface, en même temps qu’il augmente le cortisol, tous marqueurs intéressants à évaluer lors d’un syndrome métabolique. Des liens de plus en plus évidents sont établis entre le système endocannabinoïde, le pancréas qui secrète l’insuline, le muscle qui recherche le glucose, le foie qui synthétise le gras et le tissu adipeux, l’intestin et le microbiote. L’axe intestin-cerveau est de mieux en mieux compris : on sait aujourd’hui qu’une flore intestinale déséquilibrée va détourner à son profit le tryptophane, précurseur de la sérotonine, neurotransmetteur de la bonne humeur, générant en boucle moins de bien-être et plus de dérèglement métabolique.

Un patient souffrant du syndrome métabolique aura intérêt à bénéficier de la prise en charge suivante : un bilan comprenant : recherche d’anomalie lipidique ; glycémie ; acide urique ; créatinine clearance Cokroft MRDR ; VS et CRP us ; K ; TSH ; SGOT SGPT GGT ; calcémie protidémie ; vitamine D ; bilan hépatique et échographie abdominale ; ferritine ; TSH ; ECG. L’examen clinique sera attentif à la taille, au poids, au périmètre abdominale, à hépatomégalie, à la sensibilité abdominale, à la tension artérielle, au pouls, à l’état parondontal, à l’état de la peau (acné, vergetures, mycoses).

Il sera amélioré par une diète méditerranéenne riches en végétaux, minéraux, oligo-élements, vitamines, polyphénols, par de bonnes graisses, par un bon apport en fibres végétales et en protéines de qualité, sans oublier les oméga 3, par des séances de sport hebdomadaires et une prise en charge du stress, le cas échéant. 

Raïssa Blankoff

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