L’éclairage du Dr Natalio Awaïda, docteur en médecine, titulaire d’un DES en biologie médicale, spécialisé en copro-parasitologie, sur les diarrhées, maladies  inflammatoires intestinales, la maladie coeliaque, les intolérances alimentaires, le fécalogramme.

Les diarrhées : apprendre à les différencier- les analyses utiles. 

Il s’agira d’abord de distinguer les diarrhées aigües des diarrhées chroniques :

  • La diarrhée aigüe se caractérise par un épisode récent qui survient « comme un coup de tonnerre dans un ciel serein », le patient ne présentant  pas d’antécédents digestifs notables. 
  • Il s’agira de rechercher si le patient revient d’une zone tropicale (chaude et humide) dans laquelle les amibes vont croître (parasitose).
  • Un séjour dans un pays où l’hygiène est défectueuse ou bien dont les conditions de séjour particulières (trekking, repas chez l’habitant..) obligeront à rechercher également la présence d’une bactérie pathogène classique comme Salmonella,  Shigella, Yersinia, Campylobacter…
  • La plupart du temps, c’est-à-dire dans plus de 90% des cas, ces diarrhées aigües sont virales  (rotavirus, adénovirus etc… ). Une diarrhée virale se résout dans la très grande majorité des cas en moins de quatre jours, mais des rechutes sont possibles (surtout pour l’Adénovirus), moins d’un mois après. 
  • Il faut également penser aux toxines du Clostridium perfringens qui provoque des diarrhées glairo-sanguinolentes. Cette bactérie, commensale du tube digestif, va se développer et proliférer après une antibiothérapie, notamment par Pyostacine  et Quinolones (ciprofloxacine et norfloxacine).
  • D’autres toxines (substances sécrétées par les bactéries) sont à l’origine de syndromes diarrhéiques non étiquetés.  On ne sait pas les rechercher en pratique ou alors le coût est prohibitif. On retrouve souvent ces toxines dans le syndrome diarrhéique post-tropical. Il convient de bien hydrater les patients et de renforcer la flore par la prise de probiotiques.
  • La diarrhée chronique : c’est une diarrhée ancienne qui se répète sur un terrain déjà connu, et souvent familial. Dans 70% des cas, cette diarrhée est une « colopathie fonctionnelle » que le patient connait depuis son enfance ou son adolescence développée en général avant l’âge de 25 ans (Ce diagnostic de colopathie fonctionnelle est un diagnostic d’élimination  et ne peut être posé qu’une fois toutes les explorations de base réalisées.)
  • Il faut d’emblée distinguer les maladies  inflammatoires intestinales (rectocolite hémorragique, Crohn, autres colites inflammatoires non étiquetées) : dans ces cas-là, les symptômes sont sévères, avec plus de cinq selles liquides par jour et présence de glaires et de sang dans les selles. On retrouve, à l’examen des selles des globules blancs et des globules rouges (sang) et un marqueur, la Calprotectine, qui est élevé. La Calprotectine est un très bon marqueur qui permet de faire la différence entre une colopathie inflammatoire et une colopathie fonctionnelle.
  • La maladie coeliaque : cette maladie a été historiquement découverte lors de la 2ème guerre mondiale car l’état de famine avait paradoxalement amélioré des patients qui souffraient de doul eurs abdominales et de diarrhées, et il a été constaté que la réintroduction des farines à la fin de la guerre a conduit à des rechutes : c’était la première fois qu’il apparaissait qu’un aliment couramment consommé pouvait être responsable d’une pathologie. Le diagnostic est confirmé par la recherche des anticorps anti-transglutaminase dans le sang, c’est aujourd’hui le meilleur marqueur, son dosage est remboursé par la sécurité sociale. D’autres marqueurs existent mais ils ne sont pas aussi fiables et donc non  remboursés. Malheureusement, ces anticorps ne sont pas toujours  retrouvés dans le sang. Ils sont présents au niveau local, intestinal. Le diagnostic est confirmé par la clinique : la preuve en est apportée par la guérison du patient quand il arrête de manger des aliments contenant du gluten et sa rechute à la réintroduction du pain.
  • Intolérances alimentaires. Comprendre le concept

A partir de la constatation qu’il pouvait exister une intolérance au gluten, avec présence d’Anticorps IGG (1) , est né le concept d’intolérance alimentaire. Ainsi, on peut penser que d’autres aliments, à l’instar du gluten, puissent se comporter comme des poisons pour certains patients.  Et c’est ainsi qu’il est devenu possible de rechercher, dans le sang circulant, des anticorps de type IGG vis-à-vis de tous les aliments. Cependant,  actuellement, ces analyses n’ont pas encore apporté leurs preuves par manque de conclusions fiables et d’actions thérapeutiques efficaces.

Les IGG sont produits en général 2 mois après l’infection et témoignent d’une protection face à l’agent infectieux.  Ils persistent de quelques  années à toute la vie. Un rappel de vaccination sert à relancer la production de ces Anticorps. 

On arrive donc par élimination  au diagnostic de colopathie fonctionnelle, après avoir vérifié tous les autres paramètres précités et alors que ceux-ci restent négatifs, le patient continue à souffrir de façon répétée de diarrhées et/ou de constipation, ainsi que de douleurs abdominales. 

La compréhension de l’étiopathogénie (la cause) de la colopathie fonctionnelle reste hypothétique.  Certains pensent qu’il existe une sensibilité exacerbée à la distension abdominale. On peut aussi invoquer le rôle de la sérotonine,  hormone du bien-être cérébral, mais aussi intestinal. En effet l’organe qui comprend le plus de neurones et de synapses après le cerveau est bien notre appareil digestif, notre ventre, « deuxième cerveau ». Ce qui peut peut-être expliquer l’amélioration des symptômes de colopathie sous antidépresseurs).

  • Le fécalogramme : le processus digestif à la loupe
  • Les selles peuvent témoigner de l’achèvement ou non des différents processus digestifs, étage par étage.  C’est possible grâce au fécalogramme, un examen de selle qui analyse les  paramètres de la digestion. Il est indiqué dans le cas de diarrhées importantes non expliquées par l’examen copro-parasitologique des selles. Cette analyse sera aussi recommandée en cas d’augmentation du volume des selles au-delà de 250 gr par jour. Il aura également un intérêt dans le cas de selles d’aspect luisant, flottantes , déchiquetées ou collantes– en effet, les bactéries sont le ciment des selles-

 Il faudra s’assurer que ces dysfonctionnements sont inexpliqués en s’assurant  que le régime alimentaire ou la prise de traitements par exemple ne sont pas à l’origine des perturbations digestives.

  • A l’étage duodéno-bilio-pancréatique, on regarde si les fibres musculaires sont bien attaquées et si retrouve des graisses dites neutres. La digestion incomplète des fibres musculaires et des graisses neutres sera en faveur d’une insuffisance pancréatique.
  • A l’étage du grêle, l’examen va  indiquer s’il y a des acides gras et des savons en quantité trop importante. Une digestion incomplète des acides gras peut témoigner d’une insuffisance biliaire. 
  • A l’étage du côlon : la cellulose digestible, l’amidon non digéré et la flore iodophile seront recherchés. En quantité notable, la cellulose et l’amidon témoignent d’un séjour abrégé du bol alimentaire dans le colon ou d’une insuffisance de digestion pour les farineux.
  • Le dosage chimique du pH dira si les selles sont trop acides. Les acides organiques, eux, renseignent, lorsqu’ils sont diminués, sur une déficience de flore saccharolytique avec un transit accéléré, d’une dilution exagérée de la selle en cas de diarrhée, d’une exagération de l’absorption intestinale en cas de selles dures de constipation et , en cas d’augmentation, de l’exagération des fermentations glucidolytiques. Le taux d’ammoniaque, s’il est élevé, traduit une hyperactivité de la flore protéolytique dont la prolifération est conditionnée par l’abondance des protéines mises à sa disposition et qui peuvent provenir, soit de l’alimentation, soit de la paroi intestinale altérée (irritation, lésion). La bilirubine n’apparaît qu’en cas d’évacuation rapide du grêle ou d’inhibition de la flore colique.  L’augmentation de l’azote permet, en parallèle de la stéatorrhée, de mettre en évidence un défaut d’absorption intestinale.
  • Dans le ionogramme (sodium, potassium, chlore), on pourra trouver un sodium augmenté lors de diarrhées prenant leur origine dans l’intestin grêle. Le taux de potassium varie peu dans les diarrhées d’origine motrice, mais il augmente dans les diarrhées d’origine colique. Le taux de chlore est augmenté en cas de transit accéléré ou en cas de défaut d’absorption. 
  • L’inflammation sera détectée par la présence de protéines dégradées (mucine, albumine, nucléo-albumine, albumoses) retrouvées dans les selles et qui témoigne d’une altération de la muqueuse intestinale, sans préjuger de la cause.
  • Globules rouges et globules blancs, cellules épithéliales, cristaux de Charcot-Leyden : la présence de ces derniers, en association avec des éosinophiles augmentés (une famille de globules blancs) et des troubles digestifs, doit faire rechercher une helminthiase. 
  • Le fécalogramme permet de confirmer ou infirmer une stéatorrhée (selles  trop grasses) ou une créatorrhée (selles contenant trop de protéines). 

En conclusion, il sera possible de savoir si la digestion est bien complète étape par étape (gastrique, bilio-pancréatique, grêle, côlon), s’il y a des signes inflammatoires, si les selles sont trop acides, avec des informations sur les fermentations et les putréfactions.  On verra aussi s’il y a du sang dans les selles.

Raïssa Blankoff

https://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Dossiers/DossierComplexe.aspx?doc=analyse-de-selles