Le mal-être surmédicalisé
Le Monde indique qu’« une enquête lancée par le département
universitaire de médecine générale de la faculté de Rouen, présentée
[aujourd’hui] à Paris lors du Congrès international d'épidémiologie,
apporte un éclairage instructif sur les "obstacles perçus par les
médecins généralistes dans la prise en charge des patients dépressifs"
».
Le journal note ainsi : « Réalisée par questionnaire auprès de 2
000 médecins dans 4 régions du Nord-Ouest (Basse-Normandie,
Haute-Normandie, Picardie, Nord-Pas-de-Calais), l'enquête révèle que
seulement 28 % des généralistes connaissent l'existence des guides de
pratique clinique de la dépression, et qu'à peine un praticien sur cinq
a effectué un stage de psychiatrie au cours de sa formation initiale ».
Le quotidien ajoute que « pour soigner leurs patients, 47 % des
médecins disent se heurter à "l'insuffisance et aux difficultés d'accès
des services spécialisés" ».
« Pas étonnant, dans ces conditions, que le médicament soit la
principale approche thérapeutique (94,8 % des médecins interrogés
déclarent y avoir recours "souvent" ou "toujours"), suivie, loin
derrière, par les thérapies comportementales et cognitives (44,3 %),
les psychothérapies conventionnelles (35,7 %) ou les groupes d'entraide
(12,6 %) », continue Le Monde.
Le journal cite cette étude, qui indique notamment que «
la qualité de la prise en charge du patient dépressif passe par une
formation adaptée et par l'amélioration des circuits de soins ».
Le quotidien constate cependant qu’« entre des généralistes qui
n'ont ni le temps ni la formation suffisante pour proposer autre chose
que du Lexomil ou du Prozac, des patients pour lesquels le médicament
s'avère la solution la plus économique financièrement et moralement,
une industrie pharmaceutique qui ne relâche pas sa pression marketing,
des psychiatres très mal répartis géographiquement et des pouvoirs
publics qui n'entendent pas ouvrir le dossier du remboursement des
thérapies non médicamenteuses, la consommation de psychotropes a encore
de beaux jours devant elle ».
Date de la dépêche : 10 septembre 2008
Auteur : Laurent Frichet TSAVO
Source : www.sf-neuro.org/Le Monde