Antilles : un insecticide augmente le risque de cancer de la prostate
L’équipe des Pr Luc Multigner et Pascal Blanchet, du CHU de Pointe à Pitre (Guadeloupe), a suivi une cohorte de 709 hommes récemment diagnostiqués avec un cancer de la prostate, comparés à un groupe témoin de 723 personnes, afin de vérifier que l’exposition au chlordécone avait un impact sur ce risque de tumeur.
Population à risque contaminée
Le chlordécone est un insecticide de la famille des produits
organochlorés classé par l’OMS comme un perturbateur endocrinien et une
substance cancérigène. Dans les Antilles françaises son utilisation a
perduré jusque dans les années 90 pour lutter contre le charançon du
bananier (Cosmopolites sordidus). Sur ces îles le taux de
cancer de la prostate est très élevé: 169 cas pour 100.000 habitants
(contre 141 pour la France métropolitaine).
Il est bien connu que le nombre de cancers de la prostate est plus
élevé chez les groupes d’origine africaine: les Noirs-Américains et les
Caribéens sont les populations les plus touchées de la planète. Pour
autant, le risque lié à une exposition au chlordécone n’avait jamais été
mesuré clairement aux Antilles. Des études ont récemment démontré que
les sols, l’eau, certaines cultures (patates douces, choux, carottes..),
les poissons, le bétail -et par conséquent les habitants des Antilles-
sont contaminés par le chlordécone. Comme les autres produits
organochlorés, il persiste très longtemps dans l’environnement.
Antécédents familiaux et mode de vie
Les résultats de l’étude Karuprostate révèle une augmentation
significative du risque de cancer de la prostate lorsque la
concentration sanguine de chlordécone est supérieure à 1 microgramme par
litre.
Ce risque est également lié à des antécédents familiaux (des cancers de
la prostate chez le père, le grand-père..) et au mode de vie. Les
chercheurs ont effet constaté que le risque augmentait avec le séjour
dans un pays industrialisé (généralement la métropole française). Le
risque de cancer de la prostate est ainsi multiplié par cinq par rapport
au reste de la population pour les hommes ayant des antécédents
familiaux et ayant séjourné en métropole. Ce dernier élément pourrait
s’expliquer par des changements d’habitudes alimentaires et des
expositions à d’autres composants chimiques.
Ces résultats sont
publiés aujourd'hui dans le Journal of Clinical Oncology.
Dérogation aux Antilles
La toxicité des pesticides organochlorés pour tous les organismes vivants a été démontrée dès 1969. En 1972 l’un de ces insecticides, le HCH, a été interdit en France. Puis ce fut au tour de la dieldrine, de l’aldrine, du lindane dans les années 90. Aux Antilles, le chlordécone utilisé au début des années 70 provenait des États-Unis, qui arrêtent sa fabrication en 1975. Après les cyclones de 1979 et 1980, une fois les stocks épuisés, un autre produit contenant du chlordécone est autorisé pour lutter contre le charançon dans des bananeraies fragilisées. Jusqu’à son retrait définitif en 1993, 3 kg de chlordécone par hectare ont été déversés plusieurs fois par an sur les plantations antillaises.