Stress et santé mentale au travail: l'exemple suédois
Ces conclusions ressortent d’études réalisées en Suède et dans les autres pays scandinaves, ces dernières années, par le Dr Töres Theorell, professeur émérite en médecine psychosociale et environnementale à l’Institut Karolinska. Il était l’un des conférenciers présents au Colloque de la santé mentale au travail auquel a participé une centaine de chercheurs, de représentants d’entreprises et de travailleurs. La crise économique du début des années 1990 et celle que l’on vit actuellement a provoqué le départ de milliers d’employés suédois en congé de maladie, explique le Dr Theorell.
« Dans ce contexte difficile, le stress monte considérablement et prend plusieurs formes, démontre Töres Theorell. Les entreprises se réorganisent, elles poussent leurs employés à produire davantage et créent une surcharge de travail. En proie au stress, ces employés perdent confiance en leurs moyens et finissent par craquer et souffrir de dépression ou d’épuisement professionnel. »
La solution : sensibiliser les gestionnaires
La situation a forcé le gouvernement suédois à agir. En 1991, il vote un amendement à la Loi sur l’environnement de travail. Désormais, les entreprises allaient devoir favoriser un environnement de travail sécuritaire, tant sur le plan psychologique que physiologique. Un projet de société qui a suscité une forte adhésion des employeurs, constate Töres Theorell, malgré certains récalcitrants qui ont prévu des plans d’action sans s’y conformer réellement.
Le chercheur a observé une diminution généralisée du taux de départs en congé de maladie. Selon lui, l’instauration de programmes de sensibilisation au stress à l’intention des gestionnaires donnerait d’excellents résultats. Le Dr Theorell a présenté, lors du colloque, les résultats d’une étude en cours. Avec son équipe de recherche, il a suivi un groupe de 120 gestionnaires en formation sur la gestion du stress, durant 12 à 18 mois.
Dans le premier groupe, le programme prévoyait des interventions traditionnelles. Dans le second, les gestionnaires utilisaient une approche artistique. Sur fond de musique, ils étaient invités à exprimer par la poésie leurs impressions liées à des situations éthiques difficiles. Les participants se retrouvaient chaque mois pour discuter de leurs progressions. Une diminution des taux d’hormones de stress a été remarquée dans les deux groupes. Les résultats sont encore plus nets dans le groupe avec l’approche artistique.
« Il faut inviter les gestionnaires à s’impliquer dans des programmes de formation et de sensibilisation, répète le spécialiste. Un patron organisé, efficace, attentif et impliqué auprès de ses employés contribue à diminuer le stress dans son équipe », soutient le chercheur.