Chansons et maladie d’Alzheimer
Le langage s’organise dans l'hémisphère gauche tandis que la musique est distribuée dans les deux hémisphères. Concernant la reconnaissance des mélodies, les résultats varient en fonction de la présence ou non de paroles. Certains réseaux neuronaux seraient donc exclusivement dédiés au traitement de la musique. De plus, la musique possède des similitudes de construction avec le langage que ce soit sur un plan temporel (cadence, séquence, segmentation), spectral (timbre, hauteur, modulation) ou grammatical (règles harmoniques, syntaxe). Enfin, la musique entretient des rapports particuliers avec l’émotion.
Depuis
longtemps, on a observé que les patients Alzheimer conservent « des
souvenirs musicaux » et surtout mobilisent des souvenirs, dans
certaines activités musicales. On sait aussi combien la musique calme
et apaise ces sujets (comme tout un chacun, d’ailleurs). La
musicothérapie est identifiée comme une technique de soin, privilégiée,
même si les travaux scientifiques sont encore rares dans la
littérature. La musicothérapie est selon les écoles et les méthodes (ce
qui ne facilite pas son expertise) une forme de psychothérapie ou de
rééducation qui utilise le son et la musique sous toutes ses formes,
comme moyen de communication, d'expression, de structuration, et
d'analyse de la relation ».
Evidemment comme toutes les thérapies, elle ne s’improvise pas et
s’enseigne. Chanter avec les malades ne suffit pas pour parler de
musicothérapie ! A l’inverse, l’objectif n’est probablement pas de
former tous les soignants à la musicothérapie mais seulement de les
former au fait que la musique peut être une aide dans le soin, comme on
a pu les former à des techniques de communication : parler doucement, à
une certaine distance du sujet, avec des phrases courtes, « ici et
maintenant ».
Dans
la maladie d’Alzheimer, les travaux (le plus souvent dans des groupes
de sujets) concernent majoritairement les chansons (couplet/refrain)
que la musique. Leur souvenir semble « relativement préservé » au sein
des savoirs et surtout semble pouvoir éveiller des souvenirs
personnels. Il a été rapporté ainsi en 2005, le cas EN où une patiente
MA de 84 ans (avec un MMS à 8) était capable comme des témoins de son
âge de détecter des fausses notes dans une mélodie et de chanter sur
une mélodie « l’air » et parfois même « les paroles » !
Du point de vue comportemental, il a été souvent rapporté que la
musique « adoucissant » les mœurs, les sujets étaient moins agités dans
une ambiance musicale et amélioraient leurs performances motrices. De
façon expérimentale, et en situation d’examen neuropsychologique, une
étude a montré en 2001 que le rappel de souvenirs autobiographiques
sémantiques étaient améliorés avec un fond sonore musical (familier ou
non !) versus une condition silencieuse et une condition bruyante
(bruits de cafétéria) et une autre l’a confirmé en 2006 avec de
meilleures performances dans l’interview de Kopelman en entendant "Les 4 saisons" de Vivaldi versus le
silence dans la pièce ! Actuellement plusieurs travaux ont confirmé la
meilleure restitution de souvenirs personnels épisodiques et
sémantiques associée à l’écoute de chansons avec un gradient temporel :
les souvenirs épisodiques anciens bénéficiant davantage de cet indiçage.
Ces
travaux doivent se poursuivre. Ils permettront de développer des
thérapies alternatives pour la maladie. Ils nous renseignement sur la
mémoire musicale. Et dans l’immédiat, ils rappellent que la mémoire est
un vaste réseau d’associations (et non un ensemble de systèmes bien
individualisés dans des boites) et que le « rafraîchissement » de
traces mnésiques sinon stables, relativement préservées peut
probablement contribuer à réactiver des réseaux neuronaux, trop souvent
considérés comme « dégénérés » alors qu’ils sont d’abord longtemps «
désorganisés ».
Ce type de travaux doit être connu des sujets et des familles car ils
peuvent participer à changer l’image de la maladie (une perte pas un
naufrage).
Et qui sait, un jour nous réaliserons le MMS en chantant !