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François de Sales

Tu connais l’utilité mais connais-tu l’utilité de l’inutile ?

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De votre ami dites du bien ; de votre ennemi, ne dites rien.

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Les écoquartiers sont devenus des destinations touristiques

L’Europe abrite quelques écoquartiers mais tarde à leur faire une large place. Pourquoi? Est-ce là un habitat trop cher ou un cadre de vie trop contraignant? Interview

Il y a les grands classiques comme BedZED près de Londres, Vauban à Freiburg-in-Brisgau ou Västra Hamnen à Malmö. Et il y a les méconnus: Lanxmeer, aux Pays-Bas, l’îlot de Hedebygade au Danemark et les pavillons de Wolfurt en Autriche. Dans un récent ouvrage*, le journaliste Philippe Bovet, spécialisé depuis de longues années dans l’environnement, invite ses lecteurs à un tour d’Europe des écoquartiers, des aménagements toujours très marginaux sur le terrain mais de plus en plus présents dans les esprits. Il raconte leur évolution depuis une décennie.

Le Temps: Les principaux écoquartiers d’Europe ont maintenant une dizaine d’années et n’ont pas été supplantés par des projets plus ambitieux. Est-ce à dire que le mouvement qui les a fait naître marque le pas?

Philippe Bovet: Il n’y a pas eu de grandes nouveautés ces dernières années. Mais cela ne signifie pas que le mouvement soit épuisé. La première vague de réalisations a posé quelques fondamentaux et attisé la curiosité du public. Un quartier comme Vauban, à Freiburg, attire de très nombreux visiteurs. Il en vient notamment de pays comme la France, où ce genre de réalisations a pris un grand retard. Et puis, moult rénovations d’immeubles se font désormais selon des critères en vigueur dans les écoquartiers. Or, elles représentent une très grande proportion du bâti.

– Les écoquartiers ont la réputation d’être plus chers que la moyenne. Cela explique-t-il le fait qu’ils restent peu nombreux?

– Les écoquartiers induisent effectivement des surcoûts, puisqu’ils supposent d’investir dans des équipements relativement sophistiqués. Mais ces surcoûts varient sensiblement d’un pays à l’autre. Ils sont de l’ordre de 2 à 3% en Allemagne, où on a appris à construire dans le respect de l’environnement, et d’un ordre beaucoup plus élevé en France, où l’habitat moyen reste de piètre qualité. Les écoquartiers proposent une qualité de vie supérieure. A chacun de se demander s’il ne vaut pas la peine de sacrifier certaines dépenses superflues pour se payer ce luxe-là. Certains voudraient avoir le beurre et l’argent du beurre, mais ce n’est pas très réaliste. Les surcoûts sont par ailleurs à relativiser puisqu’ils permettent en principe d’avoir accès à une énergie meilleur marché.

– Dans votre survol des écoquartiers d’Europe seuls apparaissent, à l’exception de la France, des pays du Nord. Comment l’expliquez-vous?

– J’ai cherché des exemples en Italie, en Espagne et au Portugal, sans trouver un seul cas présentant les traits caractéristiques d’un écoquartier. Soit une gestion durable de quatre domaines clés, et producteurs de CO2, de notre quotidien: la construction, le transport, l’alimentation et les déchets. Ce n’est pas très étonnant. Le rapport à la nature est très différent de manière générale dans le nord et dans le sud du continent. Où les Verts remportent-ils des succès électoraux? Dans le nord. Où les mouvements antinucléaires mobilisent-ils? Idem. Et puis les pays du Nord sont plus décentralisés et donc plus enclins à adopter, ne serait-ce que localement, des solutions alternatives.

– Quelles conditions doivent être réunies pour mener à bien un projet d’écoquartier?

– La première des conditions est un dialogue ouvert entre les trois parties concernées: les futurs habitants, les professionnels de la construction, et l’administration. Lorsque ces acteurs se réunissent, cela ne doit pas être pour informer les autres mais pour discuter avec eux. Chacun doit y trouver son compte et chacun doit accepter certains compromis.

– Etes-vous tombé sur des habitants ne supportant plus les contraintes qui leur sont imposées?

– Non. Et je pense que la concertation qui préside à la naissance des écoquartiers y est pour beaucoup. Longue de plusieurs années, elle oblige les éléments les plus radicaux à revoir leurs positions et à mettre de l’eau dans leur vin. Lorsque des anti-voitures doivent se mettre d’accord avec des pro-voitures, le plus probable est qu’ils finissent par s’entendre sur un «moins de voiture». S’ils veulent prendre racine, les écoquartiers ne doivent pas exclure mais inclure. Ils n’ont pas à interdire l’automobile, pour reprendre cet exemple. Ils ont à encourager une mobilité plus douce.

«Ecoquartiers en Europe», de Philippe Bovet, Ed. Terre vivante, Mens, 2009.

Date de la dépêche : 24 septembre 2009

Source : Le Temps

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