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35% seulement des bébés sous allaitement maternel exclusif à un mois

Saint-Maurice, France- A un mois de vie, seul un nourrisson sur deux est allaité par sa mère et un sur trois l'est de façon exclusive, selon les résultats de l'enquête épidémiologique Épifane (Épidémiologie en France de l'alimentation et de l'état nutritionnel des enfants pendant leur première année de vie) coordonnée par l'Institut de Veille Sanitaire (InVS) [1]. Des taux d'allaitement maternel et exclusif très en-deçà de ceux des pays du nord de l'Europe (98% en Norvège) mais aussi des recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui préconisent 6 mois d'allaitement exclusif [2].

Une rupture entre la maternité et le retour au domicile


Le taux de l'allaitement au sein en maternité a augmenté depuis les années 1970 comme le montrent les résultats des différentes enquêtes nationales. Les Enquêtes nationales périnatales (ENP) ont montré que le pourcentage d'enfants allaités au sein en maternité était passé de 37% en 1972 à 53% en 1998, pour atteindre 69% depuis 2010 [3].

En revanche, seules des données très anciennes ou locales existent sur la durée de sa pratique.

L'étude Épifane a été mise en place pour décrire de façon régulière, sur un échantillon aléatoire national de nourrissons, les pratiques et la durée de l'allaitement maternel, l'utilisation des formules lactées du commerce et les modalités de la diversification alimentaire.

Une étude sur près de 3000 mères et 136 maternités


L'étude a porté sur un échantillon aléatoire de nourrissons nés entre le 16 janvier et le 5 avril 2012 dans 136 maternités tirées au sort sur tout le territoire de France métropolitaine. Les données sur l'alimentation lactée doivent être recueillies à la maternité par auto-questionnaire et à 1 mois, 4 mois, 8 mois et 12 mois par des entretiens téléphoniques.

Les enfants devaient être nés à 33 semaines d'aménorrhée ou plus, ne pas avoir été transférés vers un autre service dans les jours suivant la naissance et ne pas présenter une pathologie lourde anténatale. En cas de naissance multiple, un seul enfant était inclus dans l'étude.

Les analyses présentées ici ont porté sur 2 936 mères (87% des inclusions totales). Elles concernent les réponses aux questionnaires en maternité et à un mois. Résultats : plus des deux-tiers des nourrissons (69%) reçoivent du lait maternel à la maternité (60% de façon exclusive, 9% en association avec des formules lactées). Dès l'âge de 1 mois, ils ne sont plus que la moitié (54%) à être allaités, et seulement 35% de façon exclusive.

Jeune âge, faible niveau d'étude, et tabagisme favorisent l'alimentation au biberon


Les femmes de niveau d'études inférieur ou égal au baccalauréat initient moins fréquemment un allaitement maternel à la maternité que celles de niveau supérieur, cet écart s'amplifiant à 1 mois (baisse relative de -28,5% et de -15,9% respectivement). Les baisses relatives du taux d'allaitement les plus importantes sont observées chez les mères ayant fumé pendant la grossesse (-32,6%), chez celles de 18-24 ans (-34,5%) et chez celles ayant eu une naissance multiple (-40,2%).

En outre, les femmes dont le conjoint a une perception négative de l'allaitement maternel affichent des taux d'allaitement très faibles : 28,7% à la maternité et 20,4% à 1 mois.

En revanche, le suivi de séances de préparation à l'accouchement et le contact peau à peau dans l'heure suivant la naissance sont des facteurs favorisant la pratique de l'allaitement maternel à la maternité et à 1 mois.

Des différences notables des taux à la maternité comme à 1 mois sont également observées selon l'origine, le mode d'accouchement, le statut marital et la corpulence.

Les taux d'allaitement maternel sont similaires selon la consommation d'alcool pendant la grossesse, la parité, la prématurité, le poids de naissance et le score d'Apgar.

Un passage à l'allaitement mixte très fréquent au cours de la première semaine


En détaillant par semaine révolue le suivi au cours du premier mois, les chercheurs constatent que le taux d'allaitement maternel exclusif diminue fortement pendant la première semaine quel que soit le niveau d'éducation (-12%).

Plus globalement, les caractéristiques socio-démographiques des mères qui optent pour un allaitement exclusif ou mixte à la maternité et à un mois diffèrent. La part d'allaitement maternel exclusif parmi les mères qui allaitent à la maternité était plus faible pour les mères qui ont eu des complications pendant la grossesse et l'accouchement, les mères de 18-24 ans, celles ayant un niveau d'études inférieur au baccalauréat, les minces ou les obèses avant la grossesse et celles n'ayant pas suivi de préparation à l'accouchement.

À 1 mois, les mêmes groupes à risque de ne pas pratiquer un allaitement maternel exclusif sont retrouvés, auxquels s'ajoutent les femmes nées à l'étranger et les primipares. En revanche, le suivi de séances de préparation à l'accouchement et l'Apgar ne sont plus significativement associés à la pratique d'un allaitement maternel exclusif à 1 mois.

L'InVS rappelle les avantages de l'allaitement maternel


Les auteurs du rapport rappellent que l'alimentation au cours des premiers mois de la vie « contribue de façon majeure à la croissance [4] et au bon développement du nourrisson [5] » et que « de nombreux travaux de recherche ont démontré que le lait maternel était plus bénéfique à la santé de l'enfant, notamment pour la prévention des allergies [6] et des infections gastro- intestinales [7], respiratoires et oto-rhino-laryngologiques [8] ». En outre, concernant les mères, l'allaitement maternel facilite les suites de couches, et a un effet protecteur sur le risque de cancer du sein qui « a été jugé suffisamment convaincant pour que la pratique de l'allaitement maternel fasse partie des recommandations de prévention des cancers au niveau international [9]. »

S'ils tempèrent leur propos en précisant que «  pour les femmes ne pouvant pas ou ne souhaitant pas allaiter, l'utilisation des formules lactées reste, dans un pays développé comme la France, une alternative tout à fait acceptable pour la santé des enfants », ils soulignent que la promotion de l'allaitement maternel fait partie des objectifs du Programme national nutrition santé (PNNS).

Ils concluent : « la promotion de l'allaitement maternel devraient particulièrement s'intéresser à la diminution rapide de l'allaitement maternel exclusif, mesurable dès la première semaine, et concerner particulièrement les jeunes mères et celles de faible niveau d'éducation. Les facteurs identifiés ici et qui sont modifiables fournissent des pistes d'intervention à évaluer. »

Le suivi des enfants dans l'étude Épifane jusqu'à 12 mois permettra de décrire l'évolution de leur alimentation lactée (durée de l'allaitement, niveau d'exclusivité de l'allaitement maternel, utilisation des formules lactées) ainsi que la mise en place de l'alimentation diversifiée qui vient progressivement se substituer à l'alimentation lactée exclusive.

 

Références
  1. De Launay C., Guerrisi C., Castetbon K. Taux d'allaitement maternel à la maternité et au premier mois de l'enfant. Résultats de l'étude Épifane, France, 2012. BEH 34 / 18 septembre 2012
  2. Organisation mondiale de la santé. Stratégie mondiale pour l'alimentation du nourrisson et du jeune enfant - Durée optimale de l'alimentation au sein exclusive. OMS 2001.: http://apps.who.int/gb/archive/pdf_files/WHA54/fa54id4.pdf
  3. Blondel B, Kermarrec M. Enquête nationale périnatale. Les naissances en 2010 et leur évolution depuis 2003. Inserm-U.953. Paris: Inserm ; Drees ; 2011. 132 p. http://www.drees.sante.gouv.fr/les-naissances-en-2010-et-leur-evolution-en-2003,9625.html
  4. de Onis M, Garza C, Onyango AW, Rolland-Cachera MF; le Comité de nutrition de la Société française de pédiatrie. Les standards de croissance de l'Organisation mondiale de la santé pour les nourrissons et les jeunes enfants. Arch Pediatr. 2009;16(1):47-53.
  5. Koletzko B. Early nutrition and its later consequences: New opportunities. Adv Exp Med Biol. 2005;569:1-12.
  6. Chouraqui JP, Dupont C, Bocquet A, Bresson JL, Briend A, Darmaun D, et al. Alimentation des premiers mois de vie et prévention de l'allergie. Arch Pediatr. 2008;15(4):431-42.
  7. Kramer MS, Chalmers B, Hodnett ED, Sevkovskaya Z, Dzikovich I, Shapiro S, et al. Promotion of Breastfeeding Intervention Trial (PROBIT): a randomized trial in the Republic of Belarus. JAMA. 2001;285(4):413-20.
  8. Quigley MA, Kelly YJ, Sacker A. Breastfeeding and hospitalization for diarrheal and respiratory infection in the United Kingdom Millennium Cohort Study. Pediatrics. 2007;119(4):e837-42.
  9. World Cancer Research Fund (WCRF). Food, nutrition, physical activity, and the prevention of cancer: a global perspective. American Institute for Cancer Research (AICR) 2007. Disponible à : http://www.dietandcancerreport. org/expert_report/recommendations/recommendation_breastfeeding.php

Date de la dépêche : 28 septembre 2012

Auteur : Aude Lecrubier

Source : medscape.fr

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